postheadericon LIVE AT THE OLYMPIA – R.E.M.

Live At The Olympia - R.E.M.Lorsque j’évoque la sortie d’un nouvel album de R.E.M. au cours d’une discussion, les réactions vont généralement du candide “Ah bon? Ça existe encore?” à un franc et massif “C’est de la merde”… Et malgré le fait que votre serviteur soit particulièrement amateur de ce groupe, je ne peux leur en vouloir: R.E.M n’est pas un groupe connu en France.

Je n’ai jamais compris pourquoi. Une faille spatio-temporelle, un lavage de cerveau collectif, une overdose de chanson française… Rien de tout ça. Si la majorité des gens ne connaissent de R.E.M. que “Shiny Happy People”, “Everybody Hurts “ et bien sûr “Losing My Religion”, c’est que les radios ne passent que ces chansons, et encore… pas si souvent. Partout en Europe, R.E.M. est diffusé massivement, et ceci concerne des chansons de tous leurs albums, un catalogue important s’étalant sur quinze albums depuis le début des années 80. Partout en Europe, R.E.M. donne des concerts à guichet fermé dans des stades, alors qu’en France, Bercy peine à se remplir.

Je reviendrai, dans un autre article, vous dire ce que je pense des radios françaises, et en particulier des radios qui se veulent rock, pop-rock, mais ne sont en réalité que des pousse-boutons interrompant leurs plages publicitaires avec des émissions de radio libre débiles. Les trop rares exceptions ne peuvent que nous faire sentir le gouffre absolu qui hante les ondes.

Mais revenons à la genèse de ce live. En 2004, R.E.M sort sans conviction un album en demi-teinte, Around The Sun. Quelques titres sympas, beaucoup de choses à dire (omniprésence de messages politiques), mais pas grand chose d’excitant à entendre. Le groupe lui-même semble un peu embarrassé, ne sachant pas trop manoeuvrer ces chansons sur scène. Des orchestrations trop complexes, ou trop amples pour des chansons trop étriquées.

Le groupe veut s’amuser à nouveau. L’histoire les place en précurseurs des scènes alternatives et du college rock. Ils savaient jouer fort et vite, et ça c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas, même après 27 ans d’existence et 14 albums au compteur. Leur prochain opus sera donc une vraie nouveauté mais connectée à leurs racines. Une idée surprenante leur vient alors en tête: tester leurs nouvelles chansons en public.

Dublin, juillet 2007, l’Olympia Theater est réservé cinq soirs pour ce que le groupe appellera des Working Rehearsals (répétitions), une expérience inédite pour les fans et pour le groupe: montrer ce qui se passe en coulisses. Pendant ces cinq soirées, le groupe va principalement concentrer ses efforts sur les deux extrémités de son répertoire, d’un côté les nouvelles chansons, qui seraient potentiellement introduites dans leur prochain album, de l’autre des morceaux tirés de leurs  albums des années 80, dont les nouveaux titres vont tirer leur esprit et leur énergie.

Live at the Olympia réunit donc 39 chansons jouées lors de ces cinq soirs de répétition. Ce n’est pas un spectacle, “this is not a show”, comme le crie Mike Mills au mégaphone avant d’entamer Living Well Is The Best Revenge. Et en effet, malgré un son d’une qualité assez impressionnante, l’informel est de mise ici. Entre les anecdotes, les démarrages hasardeux, les plaisanteries avec le public, on sent que tout le monde se fait plaisir. C’est plutôt frais et communicatif.

En ce qui concerne la liste de morceaux, on trouvera certains inédits n’ayant pas été retenus sur Accelerate, comme le très beau On The Fly, ou également une version “work in progress”  de Supernatural Superserious, nommée à l’époque Disguised et dépourvue de refrain. Ceci amène un éclairage intéressant sur la façon dont peuvent évoluer les chansons de R.E.M. au cour du temps, tant dans leur écriture que dans leur interprétation.

Les chansons plus anciennes sont interprétées dans des versions relativement proches des originales, encore un signe indiquant la volonté du groupe de renouer avec ses origines. Ainsi Wolves, Lower, un de leurs plus anciens morceaux puisque figurant sur leur tout premier EP Chronic Town, semble n’avoir pas bougé d’un pouce depuis 1982, même si la voix de Stipe est évidemment devenue plus rugueuse.

Quelques morceaux égarés des années 90 et 2000 sont également disséminées dans ces répétitions, comme Drive, New Test Leper, Electrolite, The Worst Joke Ever, et, il faut le souligner, une très belle version, simple et épurée, de I’ve Been High de l’album Reveal.

En bientôt trente ans de carrière, avec de très nombreux succès, Mchael Stipe, Peter Buck et Mike Mills ont acquis une immense expérience. Mais cette longévité a un revers, lorsque l’envie et le besoin de se renouveler en permanence font perdre le contact avec ses propres racines, avec l’essence même de ce qui a fait qu’ils sont devenus des musiciens. Un peu comme un voyageur qui mesure l’étendue de son périple en se remémorant son origine, R.E.M. a fait l’effort de renouer avec la base de son oeuvre, un travail nécessaire qui donne encore plus de cohérence à son parcours. On espère que ce bel élan leur permettra d’aller plus loin encore par la suite.

Reste que ces répétitions Irlandaises sont une super idée, et qu’elles nous prouvent à nouveau que R.E.M. a su et sait toujours écrire de bonnes chansons et les jouer brillamment en live.

Notons que l’édition collector propose une troisième galette sur laquelle vous trouverez le film de Vincent Moon et Jérémiah (La Blogothèque), deux réalisateurs français qui ont associé leurs efforts pour créer un compte rendu du concert qui va bien au-delà de la captation pure et simple, proposant une oeuvre ambitieuse, très graphique, peut-être trop, du beau travail. Il mérite en tous cas d’être vu, alors voyez!

Allez, les Français, écoutez (vraiment) du R.E.M.! Ce live est une bonne occasion de le faire!

Et les radios, bougez-vous le cul!

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